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     Ben Gardane en 2000, le souk lybien.

 

2016, Ben Gardane, ce village du sud tunisien vient d'entrer dans l'histoire puisqu'il a été le lieu d'une violente attaque des jihadistes de DAECH qui cherchent à en faire une base afin de rayonner sur toute la Tunisie qu'ils voudraient annexer à leur grand " califat".

Dans les années 60-70, Ben Gardane était un petit village bien paisible qu'on atteignait, en quittant Zarzis, par une piste bordée de dunes sur lesquelles poussaient, au printemps, des coloquintes jaunes et vertes. Peu de villageois parlaient Français, les colons ne s'étant guère installés dans ce lieu où rien ne poussait et où on vivait seulement de l'élevage de quelques bêtes ( chèvres, chameaux) et de la pêche, la côte étant toute proche.

 

 

 

 

 

Vers 1968, à Zarzis, on a vu apparaître , une ou deux fois par semaine, sur les trottoirs des rues du centre de Zarzis des expositions de tissus très colorés qui pouvaient servir de foutas aux femmes. On a appelé ces petits marchés " les souks libyens ". En effet, c'était des hommes qui rapportaient de Libye, via Ben Gardane, ces métrages de tissus en provenance d'Asie, Taï Wan ou Hong Kong. Ils entraient en contrebande en Tunisie et étaient vendus très peu cher. Puis, peu à peu, les marchandises des trottoirs se sont diversifiées et du petit matériel électronique, quelques réveils et montres ont fait leur apparition. Quand j'ai quitté la Tunisie, en 1973, ces souks libyens étaient encore très modestes, mais, déjà, ils permettaient à quelques familles de vivre, à zarzis, à Ben Gardane et dans quelques autres villes du Sud.

Quand je suis revenue à Zarzis, vingt ans plus tard, les souks libyens fleurissaient partout et une immense enceinte murée abritait des cabanes bleues, entrepôts pour ces marchandises "importées" à Ben Gardane.

 

J'apprenais que tout ce trafic illégal était cependant bien organisé : Ben Gardane était devenu un grand centre d'approvisionnement pour toutes les marchandises qu'un Tunisien souhaitait se procurer, cela allait de la bouteille d'huile de maïs, beaucoup moins chère que l'huile d'olive, à la poussette en passant par les couettes de lits et les boîtes de thon.

 

Les commerçants de Ben Gardane profitaient de la venue de tous ces acheteurs pour déballer, eux aussi, leurs marchandises dans les rues avoisinantes : 404 pleines de pommes de terre, de carottes et de bettes, matelas en mousse de matière plastique devenus indispensables ( autrefois, les gens dormaient sur des nattes ou des tapis, sur des matelas d'herbe,  mais, le moelleux des matelas de mousse avait séduit tout le monde.) épices...

Revenons dans l'enceinte du souk libyen. Après m'être intéressée aux marchandises proposées, j'ai regardé de plus près les hommes et j'ai vu que ceux qui n'avaient pas eu les moyens de se construire un entrepôt de planches fermé par des chaînes et de gros cadenas s'apprêtaient à passer la nuit près de leurs marchandises.

Ce jeune vendeur s'appuie sur son matelas roulé. Celui-ci a installé un tapis sur un vieux sommier métallique. J'ai vu aussi que beaucoup de ces marchands avaient dû passer la nuit à transporter leurs objets et étaient bien fatigués.

Il dort dans sa brouette.

Il dort assis.

La  brouette comme siège.

Pour avoir une idée du bric à brac vendu sur ce marché.

 Les gens viennent en car du nord du pays pour acheter lampes de chevet tournantes et téléphones portables, cassettes et CD venus d'Egypte, énormes couscoussiers et jouets ...Toute une économie parallèle à l'économie officielle s'est mise en place qui permet de faire vivre un nombre considérable de personnes sur le territoire, qui permet aussi aux plus pauvres de jouir d'un petit confort qu'ils ne pourraient pas s'offrir avec les tapis " made in Tunisia" ou la couverture pure laine tissée sur place.

En 2017, je ne pense pas que ce souk libyen de Ben Gardane  existe encore : la révolution a eu lieu en Tunisie, des attentats ont eu lieu à Ben Gardane. Je suis certaine que le souk libyen d'Houmt Souk, à Jerba, n'existe plus car il serait dangereux d'exposer la foule aux attentats islamiques. En outre, la situation politique et économique de la Libye ne permet certainement plus les importations d'Asie. Ce reportage, ces photos décrivent donc un univers disparu.