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Slima, une femme de zarzis.

 

J'ai connu Slima quand, installée à Mouensa, à 4 km de zarzis, j'ai cherché une femme de ménage. D'autres coopérants français employaient une femme noire qui avait grand besoin de travailler, ils me l'envoyèrent donc et elle travailla chez nous jusqu'à notre départ de Tunisie, en 1973. J'ai appris à la connaître et à apprécier sa douceur, sa gentillesse, son courage et son efficacité, j'ai appris à l'aimer. Voilà Slima  :

Quand je l'ai connue, elle habitait avec son mari et sa petite fille, Abla, son fils, Mohammed, dans un gourbi de " jerids" plantés dans le sable de la sebkha, sur un terrain qui n'appartenait à personne. Imaginez une " maison "dont les murs ne procurent qu'un peu d'ombre, mais pas une vraie protection contre le vent souvent fort à zarzis, contre le sable venu du sahara tout proche, une maison sans eau et sans électricité, une maison à l'écart de la ville. Son mari était déjà tuberculeux et était soigné gratuitement par le médecin coopérant qui achetait les médicaments nécessaires. Elle parlait Français, assez pour comprendre ce que nous lui demandions de faire, assez pour dire les mots gentils qui faisaient plaisir, de sa voix douce. Le petit garçon de nos amis n'hésitait pas à préférer aller dormir au gourbi avec Slima plutôt que de suivre ses parents à Sfax ou à Tunis. Mais, Slima ne savait ni lire ni écrire et je l'ai trouvée très inquiète devant les étagères de la bibliothèque dont elle avait enlevé les livres pour les essuyer : elle ne savait pas les remettre en ordre puisqu'elle ne pouvait lire les titres. Nous en avons ri et nous les avons remis en ordre ensemble, mais, Slima souffrait de cet état et elle était heureuse de voir ses enfants aller à l'école.

Slima avait été placée par ses parents très pauvres chez les gros propriétaires terriens de zarzis, avec sa soeur, Oumelkhir, dès l'âge de huit ans. c'est là qu'elle avait appris à si bien faire le ménage mais qu'elle n'avait pas appris à lire.

Slima souffrait du racisme qui était de mise à zarzis quand nous y travaillions : un jour, elle s'était fait dérober les pièces qu'elle avait nouées dans le coin de sa fouta pour  acheter la nourriture au souk. Elle avait repéré son voleur mais n'avait pas osé se plaindre . " Mais pourquoi, Slima ? " " Parce que personne n'aurait donné raison à une femme noire !"

Quand j'ai retrouvé Slima six ans après notre départ de Zarzis, elle vivait dans une maison de ciment qu'avait construite Mohammed devenu maçon : il avait pu acheter un petit bout de terre et des parpaings. Slima était heureuse et très fière de cette petite maison, elle avait aussi été très contente de voir nos enfants et de découvrir que nous avions adopté une fillette noire, comme elle.

je l'ai retrouvée deux ou trois ans plus tard : la maison s'était agrandie et Slima ne m'avait pas reconnue, la maladie d'Elzheimer avait atteint sa tête et j'en ai eu beaucoup de peine. Slima est morte mais, elle a laissé, dans son sillage, le souvenir d'une femme belle et si douce, que j'ai beaucoup aimée !