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Les poteries de Guellala

 

Partout, autour de Guellala, des poteries sont installées depuis des siècles et les potiers berbères exercent ce métier de père en fils depuis des générations et des siècles. Les mines d'argile rouge sont situées dans les collines qui entourent cette cité. J'ai été frappée par la similitude des installations et par l'ingéniosité de ces installations d'une poterie à l'autre.

Ce qu'on voit d'abord quand on pénètre dans l'aire où est installée une poterie, ce sont les fours : de grosses coupoles de pierres brutes, jointoyées avec de l'argile qui dominent des cavités creusées dans le sable. Souvent, ces coupoles et tous les murs des poteries intègrent les poteries ratées ( qui se sont tordues au séchage, par exemple ou qui ont trop cuit et se sont vitrifiées) ou cassées.

Là, il s'agit du mur d'un appentis dont on devine le toit en demi troncs de palmiers.

Une architecture marquante du sud tunisien et en particulier de Jerba est celle des puits : chaque poterie possédait le sien. quand l'eau est devenue  trop salée, les potiers utilisent l'eau du service municipal, mais, la salinité de l'eau déterminant la couleur des poteries, on utilise encore les eaux saumâtres des puits pour la préparation de l'argile. les pièces de bois qui soutiennent la poulie en bois d'olivier sont souvent des tiges d'agaves qui ont supporté les fleurs ( les "sabbalas")

Dans les plus anciennes poteries, on trouve de grandes pièces à demi enterrées aux arcades entremêlées et faites de pierres souvent "empruntées" aux monuments romains. Peut-être certaines de ces arcades datent-elles même de l'époque romaine :

A l'entrée de ces grandes salles, le potier a installé son tour pour bénéficier de la lumière du jour. le fond de la pièce, entre les piliers qui soutiennent les arcades, on fait sécher lentement les grosses jarres avant la cuisson.

Vieille entrée d'un four : le chargement des jarres en " biscuits" se fait par cette entrée qui sera fermée par un mur d'argile  élevé au ras des poteries tandis que le feu se fera dans le couloir de cette entrée ( à Jerba, on brûle des troncs de palmiers, des branches provenant de la taille des oliviers et même des noyaux de dattes.)

Certes, l'architecture développée dans ces lieux de travail artisanal reste très rustique, mais, pour moi, sa pérennité est le symbole ce que l'homme peut mettre au point  avec peu de moyens pour, cependant, parvenir à fabriquer des objets d'une grande beauté et d'une grande utilité.

Voilà quelques vues d'ensemble de poteries dans lesquelles j'aime aller pour y retrouver des paysages immuables depuis des siècles, voire de millénaires :

 Ces paysages sont en danger car les promoteurs guettent ces terrains pour y construire des hôtels et les propriétaires  ne résisteront pas longtemps à ces promoteurs qui promettent bien plus d'argent que ce que rapportent les loyers de ces terres louées aux potiers.

Et si nous parlions des gargoulettes !

Une gargoulette est un récipient en terre cuite utilisé dans les régions mediterranéennes pour contenir de l'eau. Selon les régions, on peut également l'appeler alcarazas ou botijo, notamment en Espagne. Il s'agit d'une cruche  poreuse qui permet par évaporation de rafraîchir l'eau qu'elle contient. Le bec étroit permet de diriger le jet directement au fond de la gorge, il en est venu l'expression boire à la gargoulette, synonyme de boire à la  régalade. ( définition de wikipedia) Le mot viendrait du Provençal  gargouleto qui signifie cruchon.

Depuis l'antiquité carthaginoise et romaine, on fabriquait des gargoulettes de toutes sortes, de toutes formes et de toutes tailles en Tunisie comme en attestent ces pages d'un très vieux livre intitulé " céramique punique" publié par Pierre Cintas dans le cadre des publications de l'Institut des hautes études de Tunis et qui fait l'inventaire des poteries puniques trouvées dans les ruines des comptoirs carthaginois de Tunisie.

  

Dessins de Pierre Cintas.

 

Quelques gargoulettes puniques, ( noter la similitude de formes entre les objets réels photographiés ci-dessus et les numéros 105 et 106.)

Dans ce même livre, Pierre Cintas écrivait  : Ces tombes ( celles des phéniciens où l'on trouve la plupart des poteries puniques) comportent une ..." chambre, un coffre, quelques vases à provisions...une amphore pour l'eau et aussi une natte pour dormir. N'est-ce point encore aujourd'hui le mobilier du paysan de Smirat ? Le coffre est désormais en bois blanc cloué, la jarre à eau en terre de Jerba, l'assiette pour la clore et la tasse pour puiser  sont sont en fer émaillé. Cependant, rien n'est changé, ni le cadre de la vie, ni sa rude simplicité..." Cette  constatation était encore valide en 1973, quand j'ai quitté la Tunisie,  maintenant, la matière plastique a tendance à remplacer la terre cuite, cependant, les potiers de Jerba continuent à fabriquer des gargoulettes dont les formes rappellent celles des Phéniciens.

 Trois cartes postales des années 80.

Les gargoulettes ont fait partie de notre décor de vie, à nous  qui avons passé une partie de notre vie en Tunisie et chacun de nous a un ou des souvenirs touchant aux gargoulettes.

  

Souvenir de Gisèle : " Revenant de Souk el Arba vers Aïn Draham un jour de printemps particulièrement chaud, à pied,  j'avais très soif et n'avais rien à boire. Une petite fille transportait sur son dos avec une corde passant sur sa tête une gargoulette pleine d'eau qu'elle rapportait au gourbi. je lui ai demandé de me donner un peu de cette eau contenue dans sa gargoulette. Elle a accepté. J'ai donc soulevé la jarre au dessus de ma tête, j'ai entendu  bog-bog-bog-bog avant que l'eau ne sorte et tout est venu d'un seul coup : je me suis trouvée complètement trempée et pas du tout désaltérée. La petite fille riait beaucoup et moi avec elle. Elle a dû retourner chercher de l'eau, mais, je lui ai donné une petite pièce que j'avais dans ma poche."

Souvenirs d'Elise : gargoulette et calebasse " ... Deux récipients qui faisaient notre quotidien il y a 70 ans.
Je me souviens que peu après mon arrivée à Metz, j'avais évoqué ces deux objets avec des collègues de travail, ils m'avaient regardé comme si je revenais directement de la brousse la plus éloignée et j'avais été un peu vexée. Je me souviens que je leur avais dit qu'avec le froid qu'il faisait toujours chez eux ils n'avaient pas besoin de rafraîchir l'eau et qu'ils se privaient d'un grand plaisir. "

"Le souvenir que j'en ai, de cette gargoulette qui faisait partie intégrante des ustensiles de la maison, c'est que ma mère découpait (difficilement) quelques morceaux du pain de glace pour les mettre dans la gargoulette et ainsi la rafraîchir dès le matin. "
 

Souvenirs de Lina : " En été, grand-mère de Bizerte avait toujours une gargoulette posée sur le rebord de la fenêtre de sa cuisine .
Pour l'anecdote ,aller acheter une gargoulette avec grand-mère est un drôle de souvenir car les palabres franco-tunisiennes duraient un certain temps.
Pour grand-mère ,son choix devait être sans reproche .La bonne cuisson de l'argile, le col bien lissé, les anses bien collées, le fond bien stable ,tout passait à la lorgnette et après cet examen minutieux ,commençait le grand "jeu" du marchandage.
Grand-mère savait parler en Arabe quant à moi, ne comprenant rien à leurs échanges verbaux, j'étouffais mon impatience.
Oui, vous l'aurez bien compris : ne me parlez pas de gargoulette... "

Souvenirs de Claudia : " Bonjour ! il fait bon, il fait beau ...et je reviens de Djerba. J'ai fait l'achat d'une gargoulette, et aussi, comme chaque fois que je suis " au bled " comme disent nos amis.... d'un couffin. Mais qui pourra répondre à cette question existentielle ? Pourquoi dit on de quelqu'un qui a un rire en cascade " elle rit comme une gargoulette ?" Connaissiez vous aussi cette expression ou n' était elle entendue que chez moi?
Moi de la gargoulette, je garde surtout le souvenir de ces enfants, pliés sous son poids, que l'on pouvait voir de nos voitures, marcher pieds nus. Et aussi celui de ce potier visité à Nabeul en 80 où avec mes soeurs et mon frère, nous avions fait pas mal d'achats, et qui avait offert à mon frère qui avait eu la bonne idée de passer à la caisse en dernier...une grande, très grande gargoulette qui avait un défaut de fabrication. Gargoulette qu'il avait été assez compliqué de transporter pour le retour et  nous, moqueurs mais envieux, nous disions..." Toi seul l'a eue en cadeau...alors débrouille toi !"
Quand nous sommes arrivés dans notre village en 77, dans une rue pas loin de chez nous, sur le bord d'une fenêtre j'avais remarqué une gargoulette, et de suite,
j'échafaudais plein de choses sur ces gens qui habitaient " La Maison de la Gargoulette ", et longtemps après, en prenant un chèque d'une cliente, je remarquais un nom qui sans aucun doute était " de là-bas ", mais surtout le nom de la rue proche de la nôtre, et d'un ton très joyeux j'ai dit " Mais alors, vous êtes la dame de la Gargoulette  ?" Et comme je ne suis pas bavarde, et que visiblement ma question avait beaucoup amusé cette dame...j'ai fini par apprendre que oui, ils étaient bien de là-bas, que ce n'étaient pas des touristes qui avaient acheté une gargoulette lors de vacances, et qu'ils étaient de Ferryville.  Leur fille chante maintenant avec moi à la chorale et c'est souvent que nous parlons en riant, comme s'il s'agissait d'un monument.... de
" La maison de la Gargoulette "

Paroles de Léandra : " moi je me sers de ma Jarre
dans les occasions pour faire de la sangria et elle reste
bien fraiche. "

Souvenir de Marie Rose : " Chez nous, nous n'avions pas de gargoulette car nous puisions l'eau au puits et elle était toujours fraîche. Puis à Bizerte je me souviens en 63 d'être allée dans une famille qui vivait dans une maison où il y avait une minuscule cour et devant la porte d'entrée une immense gargoulette. J'ai alors pensé que c'était une peu "rétro"....Pour moi la gargoulette, allez savoir pourquoi, faisait partie d'un mode de vie des tunisiens dans les campagnes et non dans les villes. Pourtant papa m'avait expliqué pourquoi son utilisation et son mode de fonctionnement. Il m'avait fait goûter de cette eau bien fraîche pour que je comprenne bien l'utilité de cet objet.... "

L'expérience de Lucien : "

La gargoulette sert pour l'eau de boisson et la jarre aussi. La gargoulette à un long col et petite de capacité deux ou trois litres. La jarre doit tourner autour des vingt litres et sert soit à transporter l'eau ou à conserver certains aliments. Le bienfait de la gargoulette est de rafraîchir l'eau par l'évaporation de l'eau qui suint à travers la paroi. Surtout, elle purifie l'eau du calcaire. Les vieilles gargoulettes blanchissent. Et de plus elle libère l'eau du chlore ou de la javel que la Sonede y ajoute à profusion. Faites l'expérience si vous avez une gargoulette ou une jarre. Remplissez la d'eau du robinet et laisser quelques heures ou même, mieux, une journée. Puis buvez un verre d'eau du robinet et ensuite un verre d'eau de la gargoulette et comparez La jarre a l'intérêt de vous laisser une bonne provision d'eau pure.
Souvent dans les campagnes ou petits villages de Tunisie, on trouve devant la porte d'une maison une grand jarre pleine d'eau, recouverte d'une planche avec un hanap (ou halab je ne sais plus), sorte de bol avec une anse. Le passant, en été peut étancher sa soif. "