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Autour d'une photo

 Un houch à Jerba

 

 

 

Cette photo a 29 ans, mais, elle pourrait avoir été prise hier. Dans la campagne de Jerba, à quelque distance des hôtels à touristes de la côte, Jerba n'a pas changé : les palmiers s'élancent, droits, vers le ciel , leurs palmes apparaissent toujours, ici et là, au dessus de murs éclatants de blancheur ou de murs qui n'ont pas été chaulés depuis un an ou deux car la famille à laquelle appartient le houch habite maintenant à Tunis. La porte du houch aurait aussi besoin d'être ravivée avec une couche de peinture bleue. La fenêtre fermée par une grille de fer forgé est celle de la chambre d'été, celle que l'on occupe quand il fait très chaud car, la nuit, quand les deux fenêtres en vis à vis sont ouvertes, on est rafraîchi par un délicieux courant d'air qui passe au dessus des murs. Les toits en voûtes sont ceux de la cuisine ou de la pièce qui abritait, autrefois, les jarres d'huile, de dattes ou d'olives, d'orge et de blé. Maintenant, ces toits abritent des salons  de bois sculpté  aux coussins soyeux et brillants, aux épais tapis de haute laine ou nattes finement tressées, parfois seulement quelques matelas posés par terre où les femmes se retrouvent pour boire du thé et bavarder, pour broder.

La piste qui passe devant le houch est parfois parcourue par une charrette tirée par un mulet nerveux ou un âne gris, Sur la charrette, une femme enveloppée dans son grand voile blanc, est assise lourdement . Son mari, sous son chapeau de paille, vêtu de sa blousa grise, conduit l'animal.

Sur la photo, il n'y a pas de charrette, mais une Roumia égarée dans ce quartier de Haddada : elle a cueilli une grenade devant le houch et la montre au petit garçon qui voit ce fruit pour la première fois et qui découvre qu'il pourra le manger. Il a interrompu la conversation laborieuse qu'il avait avec le jeune Tunisien qui habite le houch voisin et qui, curieux de découvrir ce que ces touristes font là, est venu aux nouvelles. Il expliquait au jeune garçon qu'il ne devait pas retourner les cailloux, au pied des murs, car, dessous, il pourrait y avoir un scorpion. Il lui proposait quelques dattes qu'il était en train de grignoter.

Cette photo est le reflet d'une journée d'une parfaite sérénité, dans un lieu si calme, si doux, où les relations entre les hommes de Tunisie et d'ailleurs étaient simples, détachées des conventions européennes mais empreintes, d'emblée,  d'une grande convivialité.

Commentaire de Lucien : "Sur la photo, on voit un palmier tordu, handicapé et tout feuillu. A droite, un tronc de palmier droit s'élance vers les hauteurs, on ne voit pas ses palmes : Quel magnifique thème de méditation !

Il n'y a pas de terrasse sur la pièce de droite, mais une voûte allongée. On retrouve ce type de construction dans le Cap Bon. C'est très intéressant pour l'été, le soleil ne tombe jamais à la verticale sur le toit, il est toujours rasant et donc moins chaud."

Les gourbis d'Aïn Draham

Cette photo évoque une époque déjà lointaine : 50 ans. C'est un pan de montagne proche d'Aïn Draham. La piste que l'on aperçoit est celle qui mène à la "source d'argent", celle qui a donné son nom au village. Des gourbis de branchages ( de bruyères), couverts de "disss", cette grande graminée qui pousse en abondance dans les clairières des forêts de Kroumirie formaient un " douar". Plusieurs familles habitaient dans ces gourbis, des Berbères. Les femmes portaient des foutas de toutes les couleurs, souvent faites dans des tissus à fleurs. Elles avaient les cheveux enserrés dans un foulard qu'elles nouaient au dessus de la tête. Souvent, leur front, leur poitrine et leurs mains portaient des tatouages. Elles marchaient pieds nus la plupart du temps. Il leur fallait aller très loin chercher de l'eau et la corvée de bois était souvent revenue : on croisait de toutes jeunes filles, mais aussi de bien vieilles femmes chargées d'énormes fagots attachés par une corde qui passait sur leur front, le fagot reposant sur leur dos voûté. Les hommes essayaient de trouver du travail au village ou allaient vendre les poules, les oeufs, au marché. Ils étaient aussi employés pour démascler les chênes liège de la forêt, certains distillaient la myrte. Quand les hivers étaient rudes, qu'il neigeait beaucoup, il arrivait que des enfants ou des vieux meurent de malnutrition et de froid dans ces gourbis. Le bruit de ces morts nous parvenait au village apporté par les élèves qui venaient malgré tout au collège, sans vraies chaussures ( des tennis de toile bleue en tenaient lieu, ou des "godasses" éculées qui ne protégeaient pas les pieds pleins d'engelures), sans manteaux, avec seulement la tête enveloppée dans des guenilles, sans beaucoup de nourriture dans le ventre : un peu de "bsissa" quand on avait de l'orge au gourbi. Souvent, les blouses grises qui remplaçaient les manteaux et étaient la tenue obligatoire du collègien étaient si mouillées lors de la rentrée dans les classes qu'il fallait les mettre à sécher autour des poêles que les professeurs allumaient avant de commencer les cours.

Ces douars étaient occupés, parfois, par des réfugiés algériens : en 1959, "les évènements d'Algérie" battaient leur plein et les berbères de la Kroumirie algérienne avaient édifié d'autres gourbis, à l'abri de la frontière tunisienne. Ils n'étaient guère dépaysés, le mode de vie était semblable de part et d'autre de la frontière, tout aussi misérable. Cependant, les gens d'Aïn Draham s'amusaient de leur accent et de la prononciation bizarre de certains mots.

J'avais beaucoup d'admiration pour ces "jbellis", gens courageux, aimables, simples, qui savaient ce qu'était la solidarité et qui savaient aussi montrer de la reconnaissance à qui les avait aidés : Un jour, nous descendions à Souk el Arba ( Jendouba, maintenant) en voiture quand nous avons vu un homme arrêté au bord de la route qui soutenait une femme bien mal en point. Nous avons fait monter le couple dans la voiture et les avons emmenés à l'hôpital de Souk el Arba. Quelques jours plus tard, alors que nous empruntions la même route, au même endroit se tenait l'homme qui nous a fait signe de nous arrêter. Impossible de lui demander des nouvelles de sa femme, il ne parlait pas du tout le Français et nous ne parlions pas du tout l'Arabe. Comme j'ouvrais la portière, il m'a donné un petit paquet fait d'un chiffon sale et de six oeufs, puis, après les saluts d'usage dans cette région ( on se touche la main, puis on porte sa main à la bouche, puis au front, et ceci plusieurs fois de suite en disant " salem ou alik oum ou..."), il est parti sur la piste. Nous avons compris qu'il nous attendait pour nous faire ce présent et nous en avons été bouleversés.

Voilà tout ce que dit cette photo en noir et blanc, d'il y a cinquante ans. Maintenant, les gourbis ont disparu, sans doute la faim aussi, les petites filles vont au collège, comme leurs frères car les écoles se sont multipliées et c'est bien ainsi.

Lucien nous décrit comment a évolué l'habitat autour d'Aïn Draham  avec trois photos datant de 2007

Voici quelques photos montrant un peu l‘évolution de l’habitat en Kroumirie. La première présente un gourbi déjà évolué doublé d’une première partie avec les murs en parpaings. Puis la famille est passée à la maisonnette avec la toiture en tôles et ensuite en tuiles. Sur le devant le terrain est prêt pour la construction d’une villa.

Ces nouvelles constructions donnent un aspect particulier à la montagne, parsemée de petites maisonnettes blanches. Ce sont les deux autres photos où l’on peut apercevoir quelques maisons majestueuses.

                     

Il faut signaler que dans la montagne, bien en dehors d’Aïn Draham, les gourbis existent encore à côté de la maison en dur. Ils servent d’étables. Souvent les familles y habitent car en hiver on peut faire le feu au milieu et les gens ont moins froid. Alors que dans les maisonnettes la cheminée, dans un coin de la pièce, monte directement au dessus du toit et la chaleur part avec la fumée. L’été, il fait bon faire la sieste dans le gourbi où l’air passe à travers les branchages.

La modernité en Kroumirie : le marché de Fernana, Petit reportage de Lucien.

Trois photos pour chercher à montrer l’évolution qui se fait en Tunisie, dans la montagne.

 Le parking de Fernana était assez particulier. Fernana, autrefois, dans les années 1950 était le lieu d’un souk hebdomadaire (marché) important. Les gens venaient de loin, du Kef, de Tabarka, certains même de Béja, ainsi que les populations environnantes d’Aïn Draham, de Souk el Arba. Dans la semaine, seuls, un petit hanout (épicerie), un immense eucalyptus et une ferme occupaient les lieux. Le jour du souk, souk el Had (marché du dimanche) on y trouvait de tout. Il y avait des cafés, des planches sur des cailloux et une grande toile de tente pour protéger du soleil ou de la pluie, lieu de discussions, d’informations, ce qu’on appelait le téléphone arabe où toutes les nouvelles s’échangeaient. Chacun y venait à pied, à dos d’ânes ou de mulets que l’on parquait, moyennant une somme modique, attachés le long d’une longue corde fixée au sol.

Puis peu à peu les 404 peugeot camionnettes sont venues investir la montagne, transports publics ruraux, partageant le parking avec les équidés. Et aujourd’hui, si l‘âne est encore un bon moyen de transport, il a été détrôné par la 404 et l’Isuzu.  

Fernana n’est plus uniquement le terrain du souk du dimanche, c’est un village avec petit hôpital, école, collège et une station service, sans compter les représentants des diverses administrations.

Un printemps, à Zarzis...

 

 

 

 

 

Je ne connais ni cette femme ni son enfant : Je les ai vus, assis paisiblement au bord d'un champ d'orge, le long de la piste allant de Zarzis à Ben Gardane. J'ai d'abord trouvé que les vêtements verts de la femme captaient le regard au milieu de tout cet ocre : celui du sable et celui des tiges des céréales. Puis, dans un second temps, ce sont les objets blancs qui m'ont intéressée : le bidon d'eau, les tasses, le couvercle de la théière, la bassine et la ceinture de la femme. Je me suis dit que si je pouvais peindre ce tableau, je mettrais toute la lumière dans ces objets. Ce n'est qu'une fois la photo faite et tirée sur papier brillant que j'ai vu ce qui me paraît, maintenant, le plus important dans cette image : l'absence de modernité ( sauf dans la présence de matière plastique), la rusticité de la scène. Trois rameaux de bois ont brûlé, le thé est prêt, il suffit à faire sourire la femme, l'enfant ne s'occupe pas du photographe : son sac de plastique est un jouet bien plus intéressant, le pain est posé sur le bidon d'eau, juste ce qui est indispensable à la vie.

Il m'est devenu si important de regarder cette scène que j'ai fixé la photo sur le mur, elle me rappelle où est l'essentiel de la vie.

Quelques réactions à la publication de cette photo.

" Très belle la photo de cette femme et de son enfant, assis dans le champ d'orge. Une si belle prise photographique, serait digne du magazine Géo." Lina

"Quelle sensibilité dans la prise de vue de cette femme et son enfant ! La lumière irradie et l'essentiel est mis en valeur.
Bravo l'artiste !
Concernant la philosophie que vous en tirez de la vie qui y est représentée dans son strict minimum, je me pose la question de savoir combien dans le monde s'en contenteraient volontairement. Ceux qui le font n'ont certainement pas d'autre choix. "
Marie Rose

"Il n'y a rien de misérable dans ce tableau. La femme est belle, même très belle, ses vêtements sont harmonieux. Je suis même certaine que nombre de jeunes filles porteraient volontiers cet ensemble dans les verts très jolis. Des bijoux discrets complètent la tenue. Tout est d'un goût parfait. Même les petits objets de la vie courante... Le pain est là (Donnez nous aujourd'hui notre pain de ce jour....).
Et que dire de l'enfant, magnifique, tout de blanc vêtu qui souligne, s'il le fallait, la pureté de l'ensemble. Je suis sous le charme de cette scène qui reflète une quiétude dont nous avons presque oublié la saveur....
Je suis sûre que je n'aurais pas pensé à prendre cette photo et pourtant je mesure, par mon émotion, à quelle point elle me touche. "
Elise

"Depuis ce matin je repense à cette photo, à cette scène et à nos commentaires.
Il ne faut pas vous méprendre sur mes commentaires, je ne veux bien sur pas dire que cette femme et cet enfant ont l'essentiel et que cela doit leur suffire. Je veux dire simplement que peut être ils vivent dans l'harmonie de ce qu'ils ont toujours connu et qui suffit à leur bonheur. Peut être !
En tout cas, si c'est le cas, je les envie beaucoup."
Elise, quelques heures après.

"Je viens juste de la voir cette photo, et moi, la seule analyse que j'en fais, c'est cet air serein qu'il s'en dégage ...elle boit son thé tranquillement, en regardant au loin ...Qui guette t-elle? qui attend t-elle? mon côté curieux aimerait bien savoir... Malgré le dépouillement autour d'elle, elle donne l'impression d'une dame élégante qui attend une invitée qui sera en retard, pour partager son thé, tandis que l'enfant auprès d'elle, fait sa vie, indifférent à cette attente. En tous cas c'est vraiment une belle photo !" Claudia dite Cloclo.


 

Souvenir de Marrakech

Un souvenir de voyage de Michèle.

 "Toute ressemblance avec une enseigne existante ou ayant existé serait fortuite et indépendante de la volonté de l'auteur"


 

 

Les âmes vaillantes

 

Cette photo a été prise par l'abbé Bahier, prêtre dans la paroisse des Cordeliers, à Laval, en 1946 ou en 1947. C'était une équipe d'"Ames vaillantes" de la paroisse. Nous allions toutes à l'école laïque de notre quartier et la tenue que nous portons sur cette photo, petit haut blanc et jupe bleu marine, foulard jaune et bleu, si mes souvenirs sont justes, béret bleu marine était obligatoire. Il n'y avait que les chaussures qui échappaient à l'uniforme : l'une d'entre nous portait même, bien que l'été soit arrivé, ses " brodequins" car elle ne devait pas avoir de " savates" comme les autres. je me souviens que mes " espadrilles" ne me permettaient pas de courir aussi vite que je l'aurais souhaité car elles quittaient mes pieds. Cet uniforme ne nous servait pas pour aller à l'école, il n'était porté que pour le patronage du jeudi après midi ou pour partir en colonie de vacances, pour les manifestations religieuses comme des processions.

Je vais donner les noms des filles que je reconnais sur cette photo car, si elles avaient internet, si elles avaient l'idée de taper leur nom d'enfant ou celui de l'abbé Bahier....On peut imaginer que c'est possible puisque la vieille dame que je suis devenue figure sur cette photo !

Celle qui tient le fanion est Nicole Guerrier : sa maman tenait une épicerie de la rue d'Ernée, à Laval.

Derrière Nicole, c'est Yvonne Tribondeau qui habitait en haut d'un escalier vertigineux près du magasin Jobard, à Laval.

La troisième est Gisèle Carré dont la maison se situait en haut d'une allée au 1 de la rue des Bouchers, à Laval.

La quatrième ou la cinquième est Claudine Lassimone dont la maman était marchande dans le "comptoir  moderne" de la rue d'Ernée encore appelée rue Bernard Le Pecq, à Laval.

La quatrième ou la cinquième, je l'ai oubliée.

La petite qui termine le groupe et qui n'était pas plus jeune que les autres était Renée Laisy qui habitait aussi dans la rue des Bouchers, à Laval.

Je suppose que cette photo fut prise dans le jardin de la communauté des religieuses de l'Espérance car il me semble distinguer la silhouette d'une vierge agenouillée derrière les filles : c'était là que nous nous retrouvions pour jouer au ballon-prisonnier avec soeur Andrée ou cueillir et manger des mûres le jeudi après midi

       

Les mêmes figurent sur cette photo prise la même année à Daon, dans le sud de la Mayenne, où l'abbé Bahier nous avait toutes emmenées en colonie de vacances et où il venait nous rejoindre parfois avec sa moto.

Yvonne et Denise  : deux " âmes vaillantes", photographiées dans le parc du château des Places, à Daon.

La tenue obligatoire était : petit haut blanc et jupe bleu marine. Nos mères n'avaient pas les moyens de nous acheter des chemisiers, alors, il nous a fallu apprendre très tôt ( Denise a 8 ans sur cette photo) à tricoter nos corsages blancs avec du coton : Ce sont les religieuses du patronage qui ont appris à Yvonne et Denise à exécuter ces premiers tricots au point de riz. Moi, c'est la matelassière de mon quartier  qui fut mon professeur pour le même polo, mais, le mien était à damiers : quatre mailles endroit puis quatre mailles envers......