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Monsieur Roger Laroquette, instituteur à Tindja.

Biographie de Roger Laroquette écrite par son fils Jean

 Mon père est né en France dans le Sud Ouest (Landes) en 1902 et il a traversé tout le siècle et plus car il est mort à Biarritz en 2004. Longue vie bien remplie. Il est parti en Tunisie avec sa femme en 1932 pour y rester 2 ou 3 ans. Il a été nommé à Djerba et y est resté jusqu'en 1934 avant de rejoindre son deuxième poste à Tindja où je suis né en Décembre 1934. Le temps d'installer et de développer sa nouvelle école, les années ont passé et il ne parlait pas encore de rentrer en France. Puis la guerre est arrivée et ils ont été bloqués en Afrique du nord. Plus possible de rejoindre la Métropole. A partir de là il a développé son école et en a fait une école modèle qui travaillait avec les méthodes de Freinet. Ses activités scolaires et péri scolaires (Sport particulièrement) l'ont fait avoir une position importante dans la vie de la région. L'école a subi l'occupation allemande et mon père a été déplacé au "Château de Combourg", une grande demeure ou ils ont cohabité avec la famille du Dr Antoni. La terrasse a servi d'école car la guerre ne lui a pas fait arrêter ses activités d'enseignant qu'il a faites bénévolement pendant les années 41,  42 et 43. Ses activités et ses opinions ont fait que les Allemands l'ont déporté à Monastir dans un camp allemand avant de l'envoyer en Allemagne. Par chance l'occupation allemande en Tunisie a été interrompue et mon père n'a pas été déporté en Allemagne et a été de retour à Tindja où il a reçu un accueil inoubliable à la gare. Il a immédiatement repris ses activités d'instituteur.
Sa femme est décédée dans un accident en 1942, lors dune baignade à Guengla, où une chaloupe de l'armée américaine, conduite par un soldat ivre, l'a heurtée. J'étais présent.
Après cela nous avons quitté le "Château" et sommes retournés à l'école de Tlndja où il a repris ses activités jusqu'en 1956, date à laquelle il a pris sa retraite et la famille est rentrée en France pour s'installer à Biarritz. Entre temps, il s'était remarié avec une collègue.
L'inactivité de la retraite ne lui allait pas et il a recommencé à enseigner dans l'école d'apprentissage de l'usine aéronautique Breguet.
En même temps, il a été entraîneur de rugby pour les jeunes de Biarritz, a réorganisé le tennis club du Biarritz Olympique (BO) et participé à la vie politique et sociale de la ville dont il a été adjoint au maire, responsable des écoles et du sport.
Voilà, vie chargée, active et passionnante
Vieillesse parmi les siens, entouré de ses anciens élèves de Tindja qui venaient régulièrement le visiter seuls ou en groupe. Monsieur Laroquette, le jour de ses 100 ans, entouré de deux de ses anciens élèves de Tindja.

Extrait du livre de Jean Laroquette « Auroville, un aller simple ? » (Editions Monéditeur.com)

….Ma famille aurait pu être du genre instituteurs socialistes volontiers « bouffeurs de curé ». Mais mon père n’était pas un anticlérical forcené. Il se méfiait seulement de tous les détenteurs de vérités définitives et n’aimait pas être « catéchisé » de quelque manière que ce soit. Il est d’ailleurs resté ainsi jusqu’à sa mort, il y a quelques mois, à cent deux ans, socialiste mais jamais endoctriné, lucide devant les erreurs des uns et des autres, toujours prêt à repenser le monde et à le refaire. Bravo !

Si son action était toujours matérialiste, c’est toutefois l’esprit du socialisme qui l’animait.

Il a essayé à sa manière de concilier l’esprit et la matière. Les valeurs de liberté et de fraternité qu’il tentait de retrouver au fond de son être n’ont-elles pas la même source spirituelle que les valeurs de compassion, d’amour, de perfection, de beauté ? Il serait très étonné si je lui disais aujourd’hui qu’il a peut-être représenté, en son temps, « un serviteur de la conscience divine » !

Autour de lui, dans « son équipe », on pouvait rencontrer le même genre d’individus, passionnés de leur métier, dévoués à leur cause : l’enfant, l’éducation. Ils se retrouvaient toujours, non seulement à l’école (leur domaine en semaine et souvent le dimanche), mais aussi au ciné-club qu’ils avaient constitué,  autour du journal de l’école, au stade, au camp de vacances…Ils parlaient peu de la politique politicienne de la métropole, mais souvent de la politique au sens premier du terme, c'est-à-dire l’organisation de la vie de leur petite communauté, du village, enfants et parents confondus. Enfants qui, au fil des années (Mon père resta plus de vingt ans à Tindja), devenaient parents à leur tour. La grande famille ! Plus de cinquante ans après, c’était souvent qu’un ancien élève, à présent ventripotent et chauve, se présentait chez mon père pour un petit salut amical et respectueux avant de retourner à sa vie, un peu de nostalgie au cœur. Ils passaient ensemble une heure ou deux à égrener leurs souvenirs, heureux, à en croire leurs rires et le bonheur qui restait dans les yeux de mon père longtemps après le départ du « gamin de 55 ans » ! 

Monsieur Laroquette (monsieur Lefort) dans les souvenirs de Souad Guellouz

( extrait du livre : « Les jardins du nord », aux éditions salammbô).

 …il y avait l’école. Elle était dirigée par un homme extraordinaire, monsieur Lefort que tous les élèves appelaient monsieur Lesport parce qu’on le voyait souvent pratiquer un sport ou l’autre avec les instituteurs.

Monsieur Lefort faisait la classe à ceux qui préparaient l’examen de sixième ou le certificat d’études et il la faisait remarquablement bien. Son école était, comme il a été dit, extrêmement moderne. Sofia y a tout appris, en plus du calcul et du Français, à composer une revue puisque la classe avait un journal mensuel, à utiliser ses mains pour confectionner une sorte de mini lutrin avec du carton et des bouts de bois, un rond de serviette avec une corne de bœuf, une trousse à crayons avec du feutre. Sofia découvrit l’angoisse et la fierté avec la responsabilité qu’on lui confiât une partie du

 journal…

 quatre élèves travaillant au fameux journal dans l'école de Monsieur Laroquette, photo de jean Vétillard.

Monsieur Lefort faisait la classe en instituteur consciencieux qui a un programme à terminer avant juin. Mais, il prétendait également préparer ses élèves aux réalités, aux difficultés, aux contradictions qui les attendaient dans l’existence. Il leur apprenait davantage encore et, de l’avis de certains parents, plus qu’il n’aurait fallu : monsieur Lefort était anticolonialiste et anticlérical.

Toute l’école le savait parce qu’en plus, monsieur Lefort ne se gênait pas pour le claironner….

Monsieur Lefort se servait de tous les prétextes pour le ( le colonialisme) pour le démolir aux yeux de ses élèves : la lecture d’un texte de Jérôme et Jean Tharaud tiré soit de «  Marrakech ou les seigneurs de l’Atlas » soit de « Fez ou les bourgeois de l’Islam », une leçon de géographie sur la France d’outre mer, ne parlons pas du cours d’histoire, il s’y déchaînait. Il prenait un ton tellement ironique pour parler de « l’empire colonial français » que toute la classe se tordait de rire. Parfois, on le sentait près de la colère. « Fonder des colonies, c’est la pire erreur que la France ait jamais faite. Vous verrez comme elle le paiera cher. » Disait-il. On était en 1948. Monsieur Lefort prévoyait-il les guerres de décolonisation, celle d’Algérie et les autres ? Peut-être. Il disait encore : »Dans les temps à venir, ce sera sa plus grande honte. Il faudra des siècles pour l’effacer. » Il racontait à ses élèves l’usage de la force et le chantage économique.

…Monsieur Lefort n’était pas seulement anticolonialiste, il était pro-arabe. Il aimait tout de nous : notre couscous, nos tapis multicolores, notre musique et nos minarets…Nos minarets….alors qu’il était anticlérical !

Quelques lignes de Claudia

"Moi je n'ai eu Monsieur Laroquette que mes deux premières années de scolarité, comme Directeur. Sa stature et sa voix en faisaient de toutes façons à nos yeux de jeunes élèves un pilier de respect , mais comme nous avions tous des aînés qui en parlaient de la même façon que Souad par exemple, nous étions obligés de penser comme eux."