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Le corail de Tabarka

Avant les années 60, le corail des fonds rocheux de Tabarka était récolté grâce à des croix de Saint André : " La croix de Saint André est tout simplement une machine sous forme de croix, dont la longueur varie de 80 cm à 3 m. Elle est dotée d’une partie transversale qui comporte des anneaux, auxquels sont accrochés plusieurs filets de pêche ordinaire. Cette croix est véhiculée par un cordeau long d’environ 200 m. Les pêcheurs accrochent ce dispositif ravageur de braconnage à bord de leurs embarcations censées pêcher du poisson. Une fois au large du plateau continental d’El Kala, ils lâchent leurs croix de Saint André, lesquelles emportées par leur poids peuvent descendre jusqu’à plus de 100 m de profondeur.

Les filets attachés à une sorte de râteau permettent d’arracher de grandes quantités de corail, dont les 80% sont abandonnés dans les profondeurs et donc endommagés."

Alors, pour éviter ce grand gaspillage, le gouvernement Tunisien fit venir un plongeur dont la tâche était de " cueillir" le corail plutôt que de le détruire pour un maigre profit. Ce premier cueilleur de corail était Jean Paul Serre.

Un jour, nous l'avons accompagné sur sa barque et avons assisté au déroulement de toute une matinée de pêche. Il avait alors fait venir de France un autre jeune plongeur et, avec deux Tunisiens pour la navigation, ils formaient une joyeuse équipe très efficace malgré le peu de matériel dont elle disposait ( Un vieux compresseur assez capricieux pour le remplissage des bouteilles d'air comprimé, un seul profondimètre pour deux, pas de caisson de décompression en cas d'accident de plongée, le plus proche était à Bizerte.)

La joyeuse équipe un jour où la récolte avait été belle.

 

Le compresseur était vieux, la cale encore davantage !                                jean Paul serre est inquiet  et surveille sa montre car jacques Cadillac a dépassé les dix minutes de plongée à 60 m de profondeur.

Jacques Cadillac devait mourir quelques semaines après cette expédition : jean Paul Serre l'a retrouvé flottant entre deux eaux, l'embout de sa bouteille enlevé, victime, peut-être, du manque de matériel.

   Nous surveillions la remontée le long d'un filin de l'un des plongeurs qui venait se débarrasser de son panier plein sur la barque puis redescendait faire ses paliers de décompression en lisant des bandes dessinées sous l'eau.

   

L'arrivée sur la barque d'un panier plein. et

deux magnifiques branches de corail bien rouge extraites du panier. La petite fille qui les montre est  Stella Serre, la fille aînée de jean Paul.

 

Pendant ce temps, sans tenir compte de l'inquiétude régnant à bord du bateau, un photographe facétieux  s'amusait et prenait cette photo.

Un peu d'histoire au sujet du corail : "

On suit de manière discontinue cette activité sur la côté Nord de la Tunisie depuis le début du XIème siècle, avec l'arrivée des Pisans et des Catalans. En 1117, la République de Pise obtient le monopole de cette pêche sur les côtes tunisiennes.

En 1540, Charles Quint reçoit l'île de Tabarka du Bey de Tunisie en rançon, pour la libération du célèbre corsaire Dragut capturé par l'amiral Andrea Doria. Le souverain est autorisé à faire faire la pêche du corail 60 miles autour de l'île. Le 22 septembre 1542, le vice roi de Sicile vend au nom du roy d’Espagne à Grimaldi et Lomelin(i) de Gênes la pêche du corail. Les Génois évincent alors les autres nations de la pêche du corail.

Sous le règne de Charles IX, Thomas de Lanches (Thomas Lencio), corse de nation, naturalisé Français, obtient du sultan Selim II le don en propriété des places, ports et havres situés en la côte de Massacaret en Barbarie, appelés La Calle, le Collou, le Cap Rose, Bonne et autres... Il fonde la Grande Compagnie du corail des mers de Bône. Il fait construire, à l'ouest de la Calle, le Bastion de France en 1552.

Mais, Français et Génois se livrent bataille pour la pêche du corail. Thomas Lenches mourut en 1568 en donnant l'assaut de la citadelle de Tabarca. Il est remplacé par ses frères Antoine, et Visconte puis Jean Porrata, et son neuveu Thomas Lenches. Le Bastion est détruit en 1604 sur ordre du Divan d'Alger. Ce n'est que plus de vingt ans plus tard que le Bastion de France retrouvera une activité sous la direction de Sanson Napollon, lui aussi Corse d'origine, demeurant à Marseille. Le 19 Septembre 1628, un Traité de Paix est signé entre le Divan ou Conseil de la ville d’Alger et le Gouverneur d’Alger : Ossein-Pacha et la France, dix jours plus tard, le 29 le Bastion de France avec le droit de pêche du corail est vendu au roi de France. Le 22 Novembre 1628, Napollon s’installe au Bastion avec 3 novices, 80 soldats maçons et ouvriers pour donner un commencement à la fortification. Voulant s'emparer du fort de Tabarka tenu par les Génois, il meurt dans la nuit du 10 au 11 Mai 1633. Le chef de garnison fait jeter son corps à la mer après avoir fait clouer sa tête sur une porte de forteresse ( Le récit de sa mort a été rapporté par son lieutenant M. D’Arbousset dans une lettre du 13 Mai 1635 dont l’original est à la bibliothèque de Carpentras ). Selon De Fages et Ponzevera (1899), la Galite a servi de base à Sanson Napollon.
Les relations diplomatiques ayant permis l'établissement des compagnies exploitant, entre autres, le corail sur les côtes de Barbarie remontent à Henri IV qui signa, en 1604, le premier traité avec la Porte Ottomane.

Une lettre de octobre 1670 adressée à Colbert, rappelle que la paix étant faite avec les Royaumes de Tunis et Alger, il faudrait profiter pour prendre l’île de Tabarka à la famille des (L)Omellini de Gennes. Cette île est très bien située en Alger et Tunis..... De plus s’est un lieu idéal pour la pêche du Corail... Elle se termine par :
Il y a encore une isle du coste de levan à huit lieues de Tabarque dom on pouvvoir s’accomoder avec Tunis, nommée la Galite et y establir une pesche de corail en cas que l’on y trouva de l’eau douce ce dans peu d’années elle runieroi celle des (L)Omellini.

Le premier traité de 1604 est renouvelé par un Traité plus formel le 3 janvier 1694, traité qui crée la Compagnie Royale d'Afrique. Ce dernier est renouvelé le 10 juin 1768 entre le roi de France et Mehemet Pacha Ben Osman, dey et gouverneur du royaume d’Alger et confirmé en 1790 par le consul de la république française.

Venture de Paradis (1739-1799) séjourna à Tunis de 1780 à 1786 comme chancelier-interprète, il fut chargé d'informer le royaume de France sur la Tunisie afin de comprendre les relations entre la régence et la sublime Porte. Il semble avoir assez peu voyager dans le pays mais fournit une très brève présentation de la Galite. Ainsi apprend-on que tous les ans à la belle saison, environ 200 bateaux napolitains et siciliens venaient y pêcher le corail et, ce, sans le moindre contrôle de la part du gouvernement tunisien. Les équipages y trouvaient eau, bois et abri. Les barques étaient accompagnées de chébecs.

Peu de temps après la conquête d'Alger, le Bey de Tunis signe un accord avec la France Voici les principaux points du traité signé le 26 octobre en 1832 :

  • Art.1. « Les Français payeront pour la ferme de la pêche du corail, 13500 piastres de Tunis, selon l’usage et conformément aux anciens traités et ils se seront soumis, d’ailleurs, à aucuns droits et impositions quelconques. »
  • 2. « Les Français pêcheront le corail dans toutes les eaux du littoral de notre royaume. »
  • 3. « Les barques coralines seront munies de patente françaises dont le nombre ne sera pas limité, et elles seront admises dans tous les ports de notre royaume, sans être inquiétées par qui que ce soit. Nous donnerons les ordres les plus formels pour qu’elles soient respectées et protégées ; ce sera aux Français de veiller à ce qu’on ne pêche point sans leur patente. »
  • 4. « Les Français mettront des agents dans les ports de la pêche du corail, et s’ils ont besoin de magasins pour y placer les agrès des barques coralines, ainsi que les provisions qui leur sont nécessaires, ils loueront des magasins dans le lieu de la pêche et en payeront le loyer à leurs propriétaires. Ils ne seront soumis à aucuns droits de douane sur les provisions achetées pour les barques coralines, ni sur les agrès de pêche, ni sur le corail qu’ils en retireront, le cas excepté où ils voudraient introduire le dit corail pour le vendre dans notre royaume, cas où ils paieraient la douane sur le prix des autres marchandises. Chacune des barques susdites n’exportera de provisions que la quantité qui lui sera nécessaire et ce par l’entremise de notre agent dans les dits endroits. »
  • 5. « L’endroit qui sert habituellement de logement à l’agent français à Tabarque lui sera donné par nous pour qu’il l’habite selon l’usage. »
  • 6. « La Sardaigne payera aux Français, fermiers de la pêche du corail, le droit de patente, comme ils le payaient précédemment à notre cour, parce que tel a été notre accord avec cette puissance lors du traité conclu entre nous par l’entremise de l’Angleterre. »

En dépit de ce traité, la pêche du corail profita essentiellement à la population italienne, même après la rupture du traité qui accordait, en Algérie, aux Italiens les mêmes droits qu'aux Français, en 1888. De nombreux corailleurs italiens vinrent s'installer dans la Régence à Tabarka et à la Galite où ils étaient protégés par le traité Italo-tunisien de 1876. "

Et maintenant ?

On voit que la transformation du corail en bijoux perdure en Tunisie, les bijoutiers de Tabarka  proposent de bien beaux bijoux de corail rouge et rose :

 

 

Une vitrine dans une rue de Tabarka.

Pillage au large de la Cale ou d'El Kala

 

 
 
   
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Jeudi 20 août à 22:50
Les gardes-côtes de la station d’El Kala ont découvert, hier, 7 kg de corail brut abandonnés sur des rochers de la plage de Cap Mezira, à 10 km à l’ouest d’El Kala.

Il y avait également sur les lieux une balance électronique et un téléphone portable.

L’intervention des gardes-côtes a manifestement dérangé une transaction entre pilleurs et acheteurs.

La nouvelle route entre El Kala et la Vieille Calle, ouverte en dépit de la loi « littoral », est devenue, par la force des choses, une aubaine pour les pilleurs de corail et les réseaux qui les soutiennent.

Des hauteurs de cette voie, on peut en effet observer au loin les va-et-vient des « plaisanciers » et surveiller les mouvements des gardes-côtes.

Ainsi, quand la voie est dégagée, les pilleurs peuvent rejoindre la côte et déposer le fruit de leur besogne.      Slim Sadki

"

Cette forme de pillage ( l'utilisation illégale de la croix de saint André) porte un grand préjudice à la régénération de la coléantre, car elle est cueillie avant maturation. Par ailleurs, en ce qui concerne ces filets, bien que les gardes-côtes en aient saisi un grand nombre comme ils sont de fabrication artisanale, ils pullulent à travers la rade d’El Kala, car ils sont fabriqués aisément juste le lendemain. Car ces pilleurs de corail sont tenus de satisfaire des commandes.

Ces pseudo-pêcheurs traitent avec des acheteurs, qui se trouvent de l’autre côté du pays, en l’occurrence la Tunisie. Les meilleurs acheteurs sont des Italiens,

des Espagnols et même des Français. Ces réseaux mafieux non seulement exploitent les ressources maritimes du pays au détriment de l’économie nationale, mais profitent aussi des conditions sociales et économiques des fournisseurs, qui ne sont autres que de simples pêcheurs. Sur ce volet, on notera que, dans la plupart des arrestations opérées par les gardes-côtes et les douaniers, les mis en cause sont toujours des Algériens qui servent d’intermédiaires entres l’acheteur et le pilleur du corail.