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L'art Berbère en Tunisie

 

 

  Deux  descendantes de Berbères photographiées à Sejnane

Photo de Ridha Ben Rzouga

 

Les Berbères occupaient tout le Maghreb avant les invasions arabes des  6ième et 7 ième siècle avant JC. Ils avaient déjà connu l’arrivée sur leurs côtes des Phéniciens et des Romains, mais, ces deux peuples n’avaient occupé que des comptoirs côtiers ou de grands centres dans lesquels ils vivaient entre eux, laissant les Berbères vivre leur vie de Berbères. (Ce sont les Romains qui désignaient ces peuplades indigènes comme étant des barbares, les tribus autochtones s’appelaient les Imazighen, Amazigh au masculin singulier et Tamazigh au féminin singulier : homme ou femme libre en langue berbère.)

Sur toute la surface du Maghreb, mais aussi du Sahara, jusqu’en Mauritanie, ces Imazighen ont développé une culture très riche qui subsiste dans bien des endroits : La Kroumirie et le sud de la Tunisie, notamment à Jerba où la langue berbère reste la langue maternelle des enfants de Guellala.

L'architecture des Ksour

Les Berbères des villages ont su développer une architecture particulière au sein de leurs villages du sud comme à Chenini ou Douiret, mais, les ghorfas des ksour restent les plus étonnantes

Ce ksar de Jouama est constitué d'un empilement de ghorfas, greniers à blé, orge, dattes ou olives. On accèdait aux ghorfas supérieures par d'étroits escaliers dont l'escalade était plutôt périlleuse. Chaque ghorfa est une pièce voûtée, aérée par une petite fenêtre donnant vers l'extérieur de ksar ( Toutes les portes d'entrée s'ouvrent sur une cour intérieure, le ksar n'offre au regard de celui qui est au pied du piton rocheux sur lequel il a été bâti qu'un mur lisse percé de fenestrons)

On voit bien que la situation extrême de ce ksar est destinée à mettre à l'abri des pillages les précieuses marchandises péniblement accumulées par les habitants du village berbère.

Les ghorfas pouvaient être décorées de signes qu'on retrouvera sur les tapis ou les poteries ou encore, les bijoux et les tatouages  :

           

Décor en relief dans l'argile qui enduit le mur de la ghorfa.              

Des signes anthropomorphiques peuvent se mêler aux dessins géométriques le plus souvent utilisés .

Photo Habib Toubib, ksar Boujlida, localité de Ghorghar.

A voir sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=CslenJRnap0

 

 

 

 

 

 

 

Réflexion de Habib Toubib concernant ce ksar :

"Ksar Boujlida

(GPS N 32*54.485' E 10*26.455' )

Se situe dans les environs de Tataouine à peu de distance du Marabout de Sidi Abdallah Boujlida le plus vénéré des marabouts du Sud tunisien.

Ce Ksar qui porte le nom du marabout appartient à la branche " Bouras " et " Boudhir " des Jlidet .

Reposant sur une colline qui domine oued Zondag ce Ksar formé d'un complexe de ghorfa à étages est laissé à l'abandon malgré sa position stratégique et sa proximité par rapport aux centres urbains.

Sa fondation remonte probablement au XVI siècle avec les débuts de création de la confédération de Ouerguemma.

Son architecture minimaliste et la riche décoration de ses ghorfa lui confèrent un intérêt particulier quant à la nécessité de le restaurer au plus vite par les services de L'INP.

Les environs de Ksar Boujlida sont parsemés de sites remarquables qui ne demandent qu'à être valorisés pour l'intérêt du tourisme alternatif dans toute la région :
On peut citer Ksar béni Barka, Gattoufa et Tounket par la route de Mostegtat, le marabout de Sidi Abdallah Boujlida, Ksar Ghorghar, le tunnel de 300 m des casmates de jebel Boukornine et le runch du Dr Bouharba réservé aux chevaux pur sang arabes qui se trouve juste à côté de Ksar Boujlida.

Un Ksar méconnu qui nous réclame reconnaissance, réhabilitation et valorisation !

À bon entendeur !"

 

 

Les tapis

Qu'ils soient tissés à Toujane ou à Oudhref, les tapis berbères portent des motifs assez semblables : des losanges, des triangles, des représentations animales stylisées comme la gazelle, le poisson ou l'homme.

  Petit tapis de Toujane

 

Décor d'un tapis d'Oudhref

Dessus de chaise de haute laine réalisé dans l'atelier de tissage des religieuses d'Aïn Draham : elles s'inspiraient des motifs berbères qu'elles relevaient sur les bâtons sculptés par les bergers de Kroumirie.

Les poteries

Les poteries berbères de la région de Sejnane sont l'oeuvre des femmes, elles sont fabriquées à partir de colombins de terre qui sont ensuite raclés pour former une surface lisse  décorée à l'aide de terres colorées rouges, ocres et blanches, de décoctions d'écorces de pins. Ces poteries sont cuites de façon rudimentaire dans des fours de terre, elles restent très fragiles et délicieusement naïves. Les décors sont les mêmes que pour les tapis :

 

 

 

 

Deux jeunes artistes et leurs réalisations.

 On trouve aussi des dessins d'animaux et des formes nouvelles telles que des vases, des figurines animales qui séduisent beaucoup les enfants ( A l'origine, ces poteries n'étaient qu'utilitaires).

A Jerba, dans le village de Guellala, on fabrique encore des poteries telles qu'on les faisait avant les invasions arabes, j'en ai retrouvé deux particulièrement belles.

les traditionnelles jarres de Guellala sont aussi, souvent, fabriquées par des Berb

Les bijoux

Sur les bijoux d'argent, les motifs géométriques abondent. bracelet posé sur un napperon aux motifs d'inspiration berbère brodé dans l'atelier des religieuses d'Aïn Draham.

Double bracelet d'argent.

Le bois sculpté

Des meubles, notamment des coffres berbères présentent les motifs traditionnels, géométriques de l'art berbère. J'ai acheté chez un antiquaire de Tataouine cette belle et antique mesure à céréales, probablement :

Les tatouages des femmes sur le front, le menton, la poitrine, rappellent aussi les mêmes motifs, enfin, les mains et les pieds des jeunes femmes qui vont se marier sont décorés à la "henna" ( au henné) en utilisant souvent les damiers, les losanges et les triangles. Certains scientifiques se demandent même si ces motifs ne peuvent être assimilés à une forme d'écriture, c'est l'impression que j'ai eue en les découvrant sur les parois des ghorfas de ksar Jouama : des signes chargés de sens, mais d'un sens qui m'échappait complètement.